Guadeloupe : Lancement du programme “Guad3E” sur la détection et la gestion d’Ancistrus Triradiatus

La découverte en mars 2014 d’un poisson inconnu par l’association d’insertion « la clé d’Ut », dans la ravine Borine (commune de Saint-Claude), qui borde le jardin dont elle a la gestion, est à l’origine du projet Guad3E. Rapidement alerté par l’association, le Parc national de la Guadeloupe a étudié pendant un an ce poisson d’une dizaine de centimètres, recouvert de plaques osseuses et dépourvu d’écailles (Runde, 2016) (voir encart). Cette première étude a permis de l’identifier et de définir son aire de répartition sur la ravine Borine.

 Ancistrus triradiatus

Ce poisson appartient à la famille des Loricaridés (poissons-chats). Décrit pour la première fois en 1918 par Eigenmann, il est originaire du sud du bassin de l’Orénoque (Brésil) où  il peuple les cours d’eau rapides et turbulents. Plus communément appelée « pléco » par les aquariophiles, il est très apprécié pour sa fonction de nettoyeur des aquariums, en raclant les algues sur tout type de surface.

En juin 2015, des individus prélevés sur la ravine ont été envoyés pour des analyses génétiques au Muséum de Genève, qui a conclu qu’ils appartenaient à l’espèce Ancistrus triradiatus. D’après le rapport d’expertise accompagnant ces analyses, les spécimens guadeloupéens appartenaient à une souche aquariophile exportée de Colombie pour le commerce des poissons d’aquarium. Le genre Ancistrus est absent des Caraïbes (hormis sur Trinidad) et il s’agirait donc de spécimens issus du milieu aquariophile introduits dans le milieu naturel.

En accord avec le service Ressources Naturelles de la Direction de l’environnement de l’aménagement et du logement (DEAL), le Parc national de la Guadeloupe a lancé en décembre 2015 une étude pour déterminer l’aire de répartition d’Ancistrus triradiatus sur la ravine Bovine (Runde, 2016). Des pêches électriques ont été réalisées sur 10 stations réparties de façon homogène sur la ravine Borine, en amont et en aval du secteur où l’espèce avait été signalée. Les individus capturés d’Ancistrus triradiatus, ainsi que ceux de Sicydium spp., (autres espèces autochtones de poisson de fond occupant la même niche écologique qu’Ancistrus) ont été mesurés. Les individus d’Ancistrus ont été euthanasiés, ceux des autres espèces relâchés. La présence d’Ancistrus a été confirmée sur 45 % de la ravine Borine (soit 2,2 km de cours d’eau) et l’espèce n’a pas été détectée dans les cours d’eau annexes. Les données ont permis de mettre en avant une corrélation négative entre la présence d’A. triradiatus et celle de Sicydium spp. Les deux espèces n’ont été retrouvées simultanément que dans une seule station. Ces résultats suggèrent qu’il existerait une compétition interspécifique entre A. triradiatus et Sicydium spp., la zone de présence simultanée pouvant être interprétée comme une zone de frontière entre les zones occupées par Ancistrus et celles qui ne le sont pas encore. La présence d’A. triradiatus dans ce cours d’eau causerait ainsi un déplacement compétitif des populations de Sicydium spp. A la lumière de ces informations, le statut d’espèce exotique envahissante sur l’île de la Guadeloupe lui a été attribué.

Pour faire suite à cette première étude, en accord avec la DEAL, en charge du pilotage de la thématique « espèces exotiques envahissantes », une stratégie de gestion de l’espèce a été proposée par le Parc national de Guadeloupe sous la forme du projet intitulé “Guad3E”. Ce projet est issu d’un partenariat entre le Parc national de Guadeloupe, un bureau d’étude (Asconit SAS) et un laboratoire d’analyse génétique (Spygen). Programmé sur deux années à partir de septembre 2017, il sera financé par des fonds européens (FEDER) et l’Office de l’Eau de la Guadeloupe. D’un budget global d’environ  300 000 euros sur 2 ans, il comporte un volet sur la détection d’Ancistrus et un autre sur la gestion de cette espèce.

Le premier objectif du projet consiste à tester la méthode de détection par l’ADN environnemental (ADNe) sur Ancistrus triradiatus. Cette méthode repose sur le fait qu’une espèce aquatique disperse de l’ADN dans son environnement (pour la faune, cellules épidermiques, urine et fèces) et que cet ADN y persiste un certain temps. La détection de séquences d’ADN dans les eaux douces est donc signe de la présence récente de l’espèce correspondante (Dejean et al., 2011). Cette méthode moléculaire est particulièrement adaptée à la détection d’espèces rares, discrètes et difficiles à détecter par les méthodes d’inventaires classiques. Elle présente une solution technique intéressante pour les actions de détection et de surveillance d’EEE. Elle fonctionne bien pour certains groupes de taxons (amphibiens, poissons) mais les banques de marqueurs associés doivent être étoffées (Miaud et al., 2012). Le projet Guad3E permettra ainsi de tester cette méthode sur une nouvelle espèce de poisson en milieu lotique.

Le volet « gestion » du projet Guad3E consistera en la mise en œuvre d’un chantier test d’éradication. Ce chantier a pour objectif d’évaluer la possibilité d’éradication de l’espèce sur sa zone de répartition et de définir les moyens humains et matériels nécessaires pour sa mise en œuvre. L’impact économique de l’espèce sur l’île de la Guadeloupe sera également évalué.

Inventaires sur la rivière Borine. © PN Guadeloupe

 

En savoir plus :

  • Marie Robert, Parc national de Guadeloupe : marie.robert@guadeloupe-parcnational.fr
  • Runde, A. 2016. Définition de l’aire de répartition de l’espèce Ancistrus triradiatus sur la ravine Borine. Synthèse du rapport de stage pour l’obtention du Baccalauréat universitaire en sciences (Licence), Université d’Edinbourg. 22 pp.
  • Dejean, T., Valentini, A., Duparc, A., Pellier-Cuit, S., Pompanon, F., Taberlet, P., Miaud, C., 2011. Persistence of Environmental DNA in Freshwater Ecosystems. PLOS ONE 6, e23398. doi:10.1371/journal.pone.0023398
  • Miaud, C., Taberlet, P., Dejean, T., 2012. ADN « environnemental » : un saut méthodologique pour les inventaires de la biodiversité. Sciences Eaux et Territoires 92–94.
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