Les espèces exotiques envahissantes sont reconnues comme l’une des principales causes de l’érosion de la biodiversité à l’échelle mondiale. Par leurs multiples impacts, elles menacent les espèces indigènes, les habitats naturels et les services rendus par les écosystèmes, mais également les activités économiques et la santé humaine. La France n’échappe pas à ce phénomène et les exemples d’invasions sont nombreux : jussies, écrevisses américaines ou frelon asiatique en métropole ; fourmi électrique en Nouvelle-Calédonie, arbre Miconia en Polynésie française, raisin marron à la Réunion, etc.

Sur tout le territoire français, un grand nombre d’acteurs se mobilise pour organiser la surveillance, évaluer les impacts, améliorer les connaissances, définir des stratégies et mettre en œuvre des actions de prévention et de gestion sur le terrain. En parallèle, des politiques publiques sont développées aux niveaux national et européen pour tenter de répondre à ce phénomène.

En métropole

Combien d’espèces exotiques envahissantes ?

A l’échelle de la France métropolitaine, l’Inventaire national du patrimoine naturel (INPN) recense 1 379 espèces de plantes exotiques et 708 espèces exotiques de faune. Mais ces derniers chiffres sont visiblement sous-estimés. Ainsi, dans la base de données de l’inventaire DAISIE, Roques (2010) signalait déjà 690 espèces d’arthropodes exotiques en France continentale et 154 en Corse au début de 2010. Des inventaires sont également conduits à des échelles régionales.

Un rythme d’introduction croissant

Le rythme d’introduction de nouvelles espèces est croissant et cela pour tous les groupes biologiques. Pour la métropole, un nouvel indicateur développé pour l’Observatoire national de la biodiversité à partir d’une sélection de 84 EEE révèle que sur les 40 dernières années, un département français voit s’installer en moyenne tous les dix ans 5 nouvelles EEE (Touroult et al., 2016). Le Plathelminthe de Nouvelle-Guinée (Platydemus manokwari), signalé en 2013, et encore plus récemment le Gobie fluviatile (Neogobius fluviatilis), identifié en août 2014 dans la Moselle, ou encore le Crabe bleu (Callinectes sapidus) découvert dans le Golfe du Lion en 2018 figurent parmi les dernières espèces exotiques découvertes en métropole.

Les voies d’introductions sont très nombreuses mais quasiment toutes liées aux activités humaines. Certaines de ces espèces ont été volontairement introduites dans la nature et d’autres se sont échappées des lieux où elles étaient cultivées ou élevées. C’est par exemple le cas de plantes ornementales issues des pépinières, d’oiseaux ou de mammifères échappés des parcs animaliers ou des cages des particuliers. Certains mammifères, élevés pour leurs fourrures (notamment Ragondin, Rat musqué, Vison d’Amérique, Raton laveur), constituent désormais des populations maronnes en France. Cependant, aujourd’hui la majorité des introductions est d’ordre accidentel, en lien avec le développement sans précédent des échanges commerciaux entre les différentes régions du globe.

Pour la majorité des groupes biologiques, la France apparaît comme l’un des pays européens possédant le plus grand nombre d’espèces introduites. Ce constat est à mettre en relation d’une part avec l‘accroissement des transports, du commerce, du déplacement des biens et des personnes et d’autre part avec le fait que 4 des 5 principales zones biogéographiques européennes (atlantique, continentale, méditerranéenne et alpine) sont présentes sur le territoire métropolitain. Cette diversité permet à de nombreuses espèces introduites et aux exigences écologiques variées de s’y installer et de s’y reproduire.

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Nombre d'espèces introduites dans différents pays d'Europe. (c) EASIN

Dans les collectivités françaises d’outre-mer

Les collectivités françaises d’outre-mer, qui hébergent près de 80 % de la biodiversité nationale, sont particulièrement impactées par les espèces exotiques envahissantes. Les îles abritent des écosystèmes considérablement fragiles, avec souvent un fort taux d’endémisme, et elles sont très vulnérables aux introductions d’espèces nouvelles.

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Poisson-lion en Martinique © C. Barnerias

De par leur caractère principalement insulaire, les collectivités françaises d’outre-mer sont très vulnérables aux introductions d’espèces. Un long isolement évolutif, une faible superficie, de forts taux d’endémisme et un déséquilibre taxonomique et fonctionnel (absence de certains groupes biologiques) constituent les principaux facteurs responsables de cette vulnérabilité aux introductions d’espèces. Dans ces îles, l’isolement géographique a souvent entraîné le développement d’écosystèmes uniques dont la flore et la faune ont évolué en l’absence de grands prédateurs ou d’herbivores terrestres. Ces espèces animales et végétales indigènes n’ont pas développé de moyens de lutte pour résister aux herbivores comme les cervidés, les chèvres ou les moutons, à des prédateurs comme les rats, les chats ou les chiens, et à des plantes plus compétitives venant des continents.

Toutes les collectivités d’outre-mer sont menacées par des espèces exotiques envahissantes. Tous les milieux sont concernés y compris le milieu marin comme en témoigne l’invasion de la mer des Caraïbes par le Poisson-lion (Pterois volitans) ou l’arrivée du Crabe vert (Carcinus maenas) à Saint-Pierre et Miquelon.

Un grand nombre de plantes et d’animaux exotiques envahissants ont d’ores et déjà entraîné la régression ou l’extinction d’espèces indigènes ou endémiques par compétition ou prédation. L’un des risques majeurs liés aux invasions biologiques est de voir progressivement se développer une uniformisation des paysages naturels d’outre-mer, avec la régression ou la disparition des espèces indigènes au profit d’une flore et d’une faune exotiques et banalisées. Les impacts négatifs des espèces exotiques envahissantes sont d’autant plus forts que le milieu naturel subit déjà d’autres pressions comme la destruction des habitats, la pollution ou le réchauffement climatique.

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Participants à un atelier régional sur les EEE organisé en 2010 par l'Initiative sur les espèces exotiques envahissantes en outre-mer

En savoir plus : 

 Consultez le site internet de l’Initiative sur les espèces exotiques envahissantes en outre-mer.

Impacts

Si la présence d’une espèce nouvelle modifie généralement le fonctionnement de l’écosystème qui l’accueille, la nature et l’intensité des impacts des espèces exotiques envahissantes peuvent fortement varier selon les situations. On peut néanmoins distinguer :

  • des impacts écologiques : réduction de la biodiversité via la compétition ou la prédation des espèces indigènes, altération du fonctionnement des écosystèmes ;
  • des impacts économiques : réduction des services écosystémiques (conséquence directe des impacts écologiques), altération des systèmes de production, coût de la gestion de ces espèces et de la restauration des milieux ;
  • des impacts sanitaires, pour les plantes, les animaux et l’Homme : vecteurs et réservoirs de microorganismes potentiellement pathogènes, sources d’allergies et de toxicités.

Impacts sur la biodiversité

Les EEE peuvent impacter la biodiversité aux échelles génétique, spécifique et écosystémique, mais aussi à l’échelle des communautés, en induisant des effets sur leur structure et leur composition.

Les EEE peuvent entrer en compétition avec les espèces indigènes au détriment de ces dernières, s’en nourrir, les remplacer ou s’hybrider avec elles. Elles peuvent également transmettre des maladies et des parasites. Ces facteurs peuvent conduire à la disparition locale d’espèces indigènes, notamment dans les écosystèmes isolés comme les milieux aquatiques d’eau douce et les îles, où les EEE peuvent causer des effets cumulatifs en cascade dans l’intégralité de la chaîne alimentaire.

L’altération des processus écologiques pouvant entraîner des modifications ou des pertes des services rendus par les écosystèmes commence à être documentée. Par exemple, des plantes exotiques envahissantes peuvent être à l’origine d’un changement significatif de la composition, de la structure et du fonctionnement des écosystèmes en modifiant la luminosité, le taux d’oxygène dans l’eau, la chimie des sols, le cycle des éléments nutritifs, le régime des feux, les interactions plantes- animaux.

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Les tapis denses formés par la Crassule de Helms (Crassula helmsii) ont des conséquences sur le fonctionnement des écosystèmes aquatiques.

Impacts socio-économiques

Les EEE peuvent engendrer des pertes de production, des coûts pour les réguler et réparer les dommages qu’elles occasionnent. Les impacts économiques directs (par exemple sur les rendements de certaines productions agricoles, les coûts des interventions de gestion…) et indirects (par exemple sur les services écosystémiques), bien que réels, sont difficiles à évaluer et demeurent peu documentés en France. Pour une même espèce, ils peuvent être très variables selon les sites et les situations. Par exemple, l’arrachage mécanique ponctuel de la jussie sur 4 ha dans l’Etang du Turc (Landes) aura coûté 44 000 € en 1992. Dans le Marais Poitevin, la campagne annuelle de 2005 de gestion des jussies aura mobilisé 13 personnes pendant 6 mois pour un coût total évalué à 220 000 €.

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Le Ragondin, en creusant ses terriers, peut déstabiliser les berges des cours d'eau.

Impacts sanitaires

Sur le plan sanitaire, des plantes invasives peuvent être allergisantes comme l’Ambroisie à feuilles d’armoise (Ambrosia artemisiifolia), ou encore provoquer des brûlures cutanées (comme la Berce du Caucase, Heracleum mantegazzianum).

Des espèces animales exotiques peuvent être des vecteurs ou des réservoirs de maladies transmissibles à l’homme. Par exemple, le Tamia de Sibérie ou Ecureuil de Corée (Tamias sibiricus), vendu comme animal de compagnie et relâché depuis les années 1970 dans plusieurs forêts périurbaines en Ile-de-France et en Picardie, est un réservoir plus important de la bactérie responsable de la maladie de Lyme que les rongeurs indigènes. Il contribue ainsi à augmenter le risque de transmission à l’homme en raison d’une prévalence élevée d’infection et parce qu’il supporte une pression parasitaire (de tiques Ixodes ricinus) plus élevée que les rongeurs indigènes.

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Le Tamia de Sibérie, réservoir de la bactérie responsable de la maladie de lyme. (c) JL Chapuis

Une prise en compte tardive mais croissante

La prise en compte des enjeux des invasions biologiques a été tardive mais elle est croissante depuis une vingtaine d’années. Depuis les années 2000, de nombreuses initiatives ont été engagées comme par exemple le programme INVABIO qui a permis la mise en œuvre d’une trentaine de projets de recherche relatifs aux invasions biologiques.  Depuis 2010, les nombreux colloques dédiés à ce sujet témoignent d’une prise en compte croissante, tout comme la multiplication des synthèses et supports de sensibilisation sur le sujet ou encore l’offre de formation professionnelle de plus en plus abondante sur cette thématique.

En 2017, le ministère de l’environnement, de l’Energie et de la Mer a publié une stratégie nationale relative aux espèces exotiques envahissantes. Accompagnant la mise en œuvre du règlement européen et répondant aux besoins et enjeux nationaux, cette stratégie constitue un cadre national indispensable pour répondre aux défis de plus en plus pressants posés par les invasions biologiques. Organisée en cinq axes thématiques et douze objectifs, la stratégie identifie 37 actions concernant la prévention, l’établissement d’un système national de surveillance, la maîtrise des espèces déjà établies, la restauration écologique, la réglementation, le développement des connaissances, la formation et la sensibilisation de toutes les parties prenantes. Ce nouveau cadre permet à la France d’assurer la mise en œuvre de la réglementation européenne sur cette problématique et de répondre à ses engagements internationaux, notamment à l’objectif 9 d’Aichi adopté dans le cadre de la Convention sur la diversité biologique.

Les territoires en action

A l’échelle territoriale, de nombreuses stratégies et coordinations territoriales ont été élaborées depuis plusieurs années pour répondre à des enjeux et à des besoins locaux en matière d’organisation, d’accompagnement des interventions de gestion, de définition d’actions prioritaires… Elles ont été permises par les travaux de nombreux comités territoriaux de réflexion et d’actions ou de structures gestionnaires intervenant de manière pérenne. Ces comités réunissent des associations, des gestionnaires d’espaces, des chercheurs, des usagers, des services de l’État et des collectivités…, avec pour objectifs d’apporter des réponses concrètes à des besoins de coordination, d’organisation et de hiérarchisation des actions, de partage et de mise à disposition des connaissances. Les échelles géographiques de ces organisations sont très variées. Elles peuvent couvrir une région comme le comité des Pays de la Loire ou encore un bassin versant comme le groupe de travail Loire-Bretagne.

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